Les squats

Les squats | H. Rowe

Notre périple athénien nous a permis d’accéder à des espaces communautaires marginalisés. Le squat est un mode d'habiter qui concerne en premier lieu les villes à situations d’inégalités de richesses marquées. A Athènes, suite à la crise économique de 2008 et avec l’arrivée de réfugiés, ce type d’occupation illégale de lieux privés s’est répandu et de nombreux squats maillent aujourd’hui le territoire. Les visions diffèrent quant au phénomène des squats du fait de leur illégalité (aucune permission de résidence de propriétaires) : c’est entre l’idée d’un foyer de comportements déviants et celle d’un lieu de connexion sociale, de solidarité et d’autonomie.
Grâce à un réseau interne, nous avons eu la chance d’accéder à divers squats. Plus ou moins accessibles et plus ou moins hospitaliers, nous avons pu nous faire une idée globale de la situation que vivent les locaux, les bénévoles et surtout les réfugiés au sein de la ville.
En nous basant sur deux structures qui semblent refléter la situation, nous verrons les mécanismes de micro-gouvernance, la solidarité et les acteurs des squats athéniens.
(NB : LES PHOTOGRAPHIES À L'INTÉRIEUR DES SQUATS ÉTAIENT SOUVENT INTERDITES)


Hôtel city Plaza


Nous avons pris connaissance de l’Hôtel City Plaza lors d’une projection et soirée débat au cinéma de Villeurbanne « Les Amphi » le 16 janvier. Des témoignages de bénévoles ont complété la présentation du projet par Girogos Athanassakis : groupuscule anarchiste qui a été l’un des fondateurs.
Situé au nord du centre-ville athénien dans le quartier de Victoria, Le City Plaza est un ancien hôtel abandonné réhabilité en avril 2016, au cœur d’un coin conservateur. Cet espace loge depuis plus de 400 personnes : réfugiés et bénévoles compris.
A l’entrée, nous arrivons avec Imogen, bénévole au sein de la structure. Une équipe de surveillance méfiante nous demande notre identité et nous laissent passés. Nous nous installons dans le bar pour mener l’entretien. Cet espace était le seul que nous avons eu la chance d’observer : une salle pleine d’adultes et enfants, bruyante, des fauteuils pas assortis, des œuvres d’art sur tous les murs, une buvette tenue par des bénévoles internationaux : elle correspondait plus ou moins à notre vision d'un squat.
Imogen nous explique que ce lieu avait été ouvert afin de loger les enfants réfugiés qui dormaient à la rue. Dans l’ensemble, les résidents alentours ont supporté le projet, comme nous avons pu le voir lors de nos entretiens dans la rue, malgré quelques dégradations matérielles d’une minorité contrariée. Le City Plaza fonctionne grâce à des bénévoles étrangers. Ce sont des personnes originaires d’autres pays et ce sont eux qui maintiennent les « work groups » pour les tâches ménagères, de sécurité, d’apprentissage, de service au bar… Ce fonctionnement est critiquable puisque les résidents sont peu impliqués dans l’entretien des espaces communs. De même que le pouvoir décisif est très centralisé et lorsqu’il y a conflit, dysfonctionnement ou malentendu au sein de ce noyau central, la répartition des tâches est parfois compliquée à mettre en place pour autant de personnes. Par ailleurs, ce squat manque de financements, d’où une ouverture à l’international : appels à bénévoles et dons.
Enfaite, le City Plaza a été une des premières structures à répondre au besoin de logements urgent à Athènes. Elle a permis la mise en sécurité de beaucoup de réfugiés, dont des enfants de bas âge. Mais aujourd’hui des structures alternatives ont pris en relais en termes d’efficacité. C’est le cas de Khora.


Cuisine du city Plaza, préparation du repas du soir | Par M. Cogan


 

Hall d’entrée de l’hôtel City Plaza | Par M. Cogan

 

 

Khora


Khora - 07/02/2018 | Par A. AitAli


Situé au nord-est du centre-ville, au pied du Mont Lycabettus, cette structure est nichée entre le quartier anarchiste à l’ouest (Exarchia) et celui conservateur au sud (Neapoli). Ce centre communautaire se distingue des autres par son organisation assez parfaite et son ouverture esprit qui nous a particulièrement marqué : un beau bordel dirait-on ! De plus, ce centre est très accessible, ouvert à tous : réfugiés, immigrés, ou simplement les habitants du quartier.
Nous sommes arrivés sans RDV préalable, seulement avec le nom d’une bénévole qui nous a donné leur adresse. Nous avons été chaleureusement accueillis par Alee Zeo, fondateur et résident à plein temps à Khora. Pendant plus d’une heure il prend le temps de nous faire visiter les locaux : un bâtiment de 6 étages avec un sous-sol et un nouveau local d’environ 50m2 qu’ils venaient d’acquérir. Comme tous les squats athéniens, on y trouvait un cocktail de locaux, de bénévoles internationaux (une quarantaine) et de réfugiés. Par contre, les « work groups », qui sont instaurés dans la majorité des squats athéniens, ne sont pas seulement composés de bénévoles internationaux (comme au City Plaza) mais également de volontaires locaux.
Alee nous a expliqué le fonctionnement de la communauté : auparavant un squat, elle a reçu quelques jours après notre passage le statut d’association. La gouvernance est de la sorte suivante :



Organigramme | Par H. Rowe

 

Ce lieu est en proche connexion avec beaucoup d’ONG de la ville et semble être un point de repère pour de nombreuses personnes du milieu associatif.

> Au sous-sol : le « family space » où peuvent jouer les enfants, les parents peuvent les laisser sous la surveillance d’un gérant. Des jeux, tapis, et activités y sont proposés. Cela faisait seulement 2 mois que l’espace était utilisable, les enfants jouaient avant dans une salle, située au rez-de-chaussée, dorénavant convertie en salle de yoga et relaxation.
> Au rez-de-chaussée : l’accueil, la salle de yoga et relaxation, un bureau d’avocats et traducteurs bénévoles pour traiter les situations des réfugiés au cas-par-cas.
> Au premier étage : la cuisine où ils reçoivent en moyenne 300 personnes pour le petit déjeuner et 600 pour le déjeuner. Les aliments proviennent de producteurs locaux et du marché tandis que les repas sont exclusivement végétariens. Une grande salle à manger est également convertie en salle cours de dance, self-défense, musique, kapoera… mais également de groupes de thérapie.
> Au deuxième étage : l’ « education floor » : où sont proposés des cours d’anglais, grecque, allemand, français… pour les réfugiés et locaux mais aussi de farci et arabe pour les volontaires. Il y a une salle d’informatique avec les cours d’excel ou word.
> Au troisième étage est une salle dédiée aux femmes, une clinique légale, un cabinet de médecin et une bibliothèque.
> Au quatrième étage : l’étage des enfants qui en font « un gros désordre ! » (Alee) des jeux, des cours, des activités sont mis à disposition. Il y a également une personne chargée de la sécurité de l’immeuble pour prendre en charge des situations liées aux tensions culturelles par exemple, liés à des traumatismes psychologiques.
> Le cinquième étage : le « rooftop », un espace en plein air dédié à certaines activités artistiques et au jardinage.

En fait, le statut de squat est une étiquette qui montre mal les fonctionnements parfois complexes des organisations. Les espaces collectifs que nous avons découverts étaient des lieux qui, de l’extérieur et dans leurs objectifs finaux, se ressemblaient : grands immeubles urbains qui répondent aux besoins premiers de réfugiés. En réalité, les organisations internes différaient bien plus qu’on croyait et, pour le cas d’Athènes, le terme de « squat » semble réducteur pour décrire une réponse à une situation d’urgence qu’est la situation précaire des réfugiés.