Compte-rendu n°2

Lundi 5 Février 2018 | L. Magniez & R. Salerno

Aujourd'hui est le premier jour de notre terrain. Nous ne levons pour marcher direction le quartier du City Plaza. Cet hôtel fermé pour cause de crise a été réutilisé par un groupe afin de loger près de 400 réfugiés. Notre but dans cette journée était de voir et prendre le pouls de cet espace. Nous avions également comme but d'interroger les habitants et commerçants sur la cohabitation proche avec des réfugiés.

La première impression à l’arrivée est la vie qui se dégage de ce quartier, il est très animé avec beaucoup de voitures et des étales sur quelques trottoirs. Les commerces sont nombreux ; la plupart, et cela nous a surpris, sont spécialisés dans un produit spécifique, tel que les produits hygiéniques. Beaucoup d’hommes sont dans la rue. Les immeubles sont de 5 étages en moyenne et ont tous un balcon avec beaucoup de végétation. L’impression générale de ce quartier est une sorte de disparité organisée.

 

Nous nous sommes séparés en 4 groupes de 3 personnes afin d’interroger les passants ; chacun avait en charge une zone cardinale autour du City Plaza.

Mon groupe a rencontré un grec qui se prénommait Capten. Il nous a invité dans sa maison, dernière maison style néoclassique de la rue voire du quartier, afin de discuter avec lui. Nous avons évoqué le système universitaire et scolaire en Grèce ; le style architectural et les lois d'urbanisme antérieures. Concernant le City Plaza, ce lieu n’est pas loin de chez lui mais il ne s'en préoccupe pas. Cette remarque sera courante dans tous les entretiens, les habitants n'ont pas de problèmes avec les réfugiés mais ils considèrent que ce n’est pas à eux, société civile, de les aider. Ils n'ont aucune interaction avec les réfugiés. Ce quartier est également très diversifié niveau origine : pakistanais, indiens, polonais… Et pourtant, il semble selon les dires des interrogés qu’il y ait beaucoup de racistes dans le quartier. D’une manière générale, ces entretiens n’ont pas été très efficaces, nous entamions la discussion directement sur la question des réfugiés et du City Plaza, ce qui en a renfermé plus d’un. Cependant, certaines discussion nous a permis de nous diriger vers d’autres lieu d’accueil des réfugiés, ce qui a été bénéfique pour la suite de notre terrain.

Deux groupes se sont rendus au City Plaza. Le premier est parti à la rencontre d’Imogène, bénévole en tant que professeur d’Anglais depuis quelque mois. Nous nous sommes installés à une table dans la salle de vie principale, nous permettant ainsi profiter de l’ambiance générale du lieu. Un bar autogeré servait des boissons, aux tables et aux canapés se tenaient principalement des hommes qui jouaient à des jeux, discutaient, fumaient … Autour d’eux de nombreux enfants couraient et s’amusaient dans tous les sens. La salle était très bruyante, on avait du mal à bien entendre Imogène. Celle-ci a pu partager son expérience. Elle nous a fait part de la difficulté qu’elle a rencontré lors de ses premiers jours en se confrontant à la réalité de ces hommes, ces femmes et ces enfants. La diversité des situations, des parcours de vie, des cultures, des langues et des religions rend également l’approche très délicate. Il est en effet difficile de pouvoir concilier tout le monde, de ne pas froisser quelqu’un par mégarde, ou même de simplement communiquer.

Pour terminer, Imogène à exprimer ses doutes par rapport à l’importance des bénévoles sur place. Selon elle, les bénévoles étaient en effet trop présent: ceux qui logeaient sur place prenaient des chambres qui pourraient être données à des réfugiés, en sachant que la liste d’attente pour entrer au City Plaza est d’environ 1 ans et que l’accès à un travail et donc à un logement conventionnel relève presque de l’impossible. De plus, le squat se dirigeant vers l’auto-gestion, Imogène pensait que petit à petit les bénévoles devraient se retirer pour laisser les réfugiés se gérer. Continuer à entretenir le bénévolat entretenant également une forme de dépendance

 

En fin de journée, un petit groupe est allé au City Plaza afin de rencontrer les personnes en charge de ce gigantesque projet. En entrant dans l'hôtel, l’accueil du plutôt froid. Les personnes se chargeant de la porte sont très suspicieux, ils ne veulent pas de journalistes (ce lieu n'est pas un zoo où l'on peut “voir” des réfugiés, c'est avant tout leur lieu de vie) ou d'individus qui viennent à l’encontre du bon fonctionnement du lieu.

Nous allons au dépôt où nous rencontrons Giorgos, l’un des initiateurs de ce squat. Il s’occupe de la logistique mais également de récolter des fonds et des denrées par de la communication. Chaque chambre a un rationnement des produits afin qu'il n’y ait pas d’abus. Concernant le ménage, un planning a été mis en place en fonction des chambres. Si les personnes habitant dans la chambre devant laver ne viennent pas 3 fois de suite, ils sont virés.

Giorgos nous a parlé ensuite du quartier. Au début, les habitants étaient hostiles à ce squat puisqu'étant fasciste selon ses mots. Aujourd'hui, cela va beaucoup mieux puisque les réfugiés ont montré qu'ils n'étaient pas dangereux et qu'ils ne dérangeaient pas.

Enfin, nous avons rencontré Nassim qui lui aussi était dans le groupe de personnes de départ. Il ont monté ce lieu en opposition aux camps des gouvernements afin de permettre la rencontre entre les gens. Selon lui, il est nécessaire de recréer du lien entre les personnes pauvres, qu’elles soient réfugiées ou grecques. Cette cohabitation permettrait alors de faire diminuer le racisme ou le fascisme en montrant que l'état actuel du pays n’est pas la faute des réfugiés mais celle du gouvernement. La plupart des habitants sont finalement neutres et ont besoin de discussions et d’explications. Cet hôtel tente de donner une maison et un lieu de confort et de protection, ce qui va plus loin que seulement donner de l'argent. Ils permettent aux réfugiés de découvrir leur force intérieure, ils leur donne le pouvoir d’apprendre d’eux même et de diffuser la solidarité. Les réfugiés sont libres et ne dépendent pas des ONG ; les gérants sont d'ailleurs critiques faces à ces organisations qui auraient besoin des crises pour exister. Selon eux, les ONG ferait du “business du management des vies humaines”.

 

Ce lieu est un projet qui montre que les personnes sont capables de faire quelque chose sans l'état, qu'ils peuvent prendre soin des d'autres seuls, sans organisation.

Ces deux rencontres ont été très instructives quant à l'organisation du squat et à la position des personnes organisant cette solidarité. Cet engagement semblait pour eux être le projet de leur vie, connecté à leur vision du monde. Ils semblaient pourtant complètement exténués par ce combat, avec parfois une idée très arrêtés de ce qu'ils voulaient et étaient donc très exigeant. Et par là même, parfois désabusés de certains comportements.

Pendant que le deuxième groupe rencontrait Gorgios, un autre s’est lancé dans une observation de terrain en s’asseyant en terrasse, sur la place Victoria. Nous avons pu constater que la place était animée. En fin d’après-midi il y avait de nombreuses femmes, mais une fois le soir entamé, c’était les hommes qui prédominaient largement. Il y avait cependant toujours des enfants. Les hommes se tenaient en groupe et discutaient pour la plupart. Nous pouvions ressentir que nous étions étrangers à la population présente, qui parfois nous regardait assez insistement.

 

Nous sommes rentrés à l’auberge avec pleins de choses dans nos têtes, des contradictions, des impressions différentes. Cette première immersion dans notre terrain fut très forte intellectuellement.